Storytelling › Storytelling
Interview with Denis Peschanski
Interview Denis Peschanski, Projet 2008 Memory and Memorialization
Notre projet PUF a pour titre Memory and Memorialization. Il repose sur deux périodes-évènements de référence que sont la seconde guerre mondiale et le 11 septembre 2001, avec une particularité triple :
- D’être un projet franco-américain
- D’être un projet trans-professionnel, puisqu’on a là la fois les professionnels des musées et scientifiques des champs concernés
- D’être transdisciplinaires, puisque pour traiter de ce sujet de mémoire et mémorialisation, on a à la fois les sciences humaines et sociales, les sciences du vivant et les sciences de l’ingénierie. Nous travaillons avec des historiens, des philosophes, des juristes, des anthropologues, des neuroscientifiques, des psychiatres, et des ingénieurs qui nous permettent de faire des expérimentations pour l’étude des visiteurs de musées.
Comment travaillez-vous avec les lieux dédiées aux tragédies collectives (mémorial de Caen, WTC)?
Les 2 mémoriaux sont deux des quatre piliers du projet puisqu’ils sont structurants avec le CNRS et NYU. Ce travail a commencé d’emblée, et c’est même l’origine du projet puisque le directeur du mémorial de Caen, Stéphane Grimaldi, était venu à NYC pour prendre des contacts dans la perspective d’organiser une exposition sur le 9/11 en France au mémorial de Caen (de fait la 1e exposition hors USA sur le 9/11). C’est ce qui s’est passé, et dans le dialogue qu’il a eu sur la fondation du 9/11, la question est vite venue : à quoi sert un mémorial et comment on peut articuler un discours sur l’histoire et la mémoire et un discours sur la mémorialisation. C’est dans cette foulée que j’ai été sollicité puisque je suis le président du conseil scientifique du mémorial de Caen. J’ai organisé ainsi un premier colloque sur la relation histoire/mémoire et sur les fondements théoriques sur toute réflexion sur les mémoriaux, et dans la suite nous nous sommes appuyés sur l’UMI transitions, une unité mixte qui associe le CNRS et NYU. Avec cette base arrière, nous avons déposé un projet PUF qui est un projet transdisciplinaire sur la mémoire et la mémorialisation.
Comment avez-vous alloué le fond PUF au sein des équipes ?
On a eu plusieurs pistes :
- La première, l’organisation de séminaires transatlantiques. On en a eu quatre à NYC et quatre à Paris : la 1e année était sur oubli, occultation et tri, cette année sur les maladies de la mémoire, et l’an prochain sur les représentations. A chaque fois, avec ce pari transdisciplinaire qui se retrouve dans l’organisation même du séminaire, on a des intervenants dans des disciplines totalement différentes.
- La deuxième direction à laquelle on tient beaucoup c’est l’échange de docs et post docs entre NY et Paris. On offre des séjours post termes de 2 mois : le voyage et le séjour sont payés. Ce qui créé d’ailleurs de nouvelles conventions, de nouveaux contacts et en France avec l’ENS Cachan qui héberge nos jeunes chercheurs. Cela permet aux jeunes américains de travailler en France et vice versa. Ils peuvent participer aux séminaires, aller dans les bibliothèques et rencontrer les chercheurs. On y tient beaucoup puisque dans la 2e année du PUF nous avons organisé des « doctorials » qui se sont tenus à NYC, et les seconds se tiendront en octobre à Paris avec l’ensemble des candidats. Nous avons un taux de réponse tellement important au terme de l’appel à projets que nous avons lancé que au-delà de la douzaine de jeunes chercheurs étudiants et enseignants dont on pouvait financer le voyage post doc, on trouvait que c’était dommage de ne pas faire rencontrer et parler les autres, et faire un débat. C’est très important.
- Le troisième axe est l’expérimentation sur les visiteurs de mémoriaux. Nous avons commencé par le mémorial de Caen, en commençant par financer l’installation de capteurs électroniques : c’est là où s’explique la connexion entre sciences du vivant qui sont à l’origine de l’expérimentation, les sciences de l’ingénierie qui fournissent les outils, et les sciences humaines et sociales qui participent à la réflexion d’ensemble. Nous essayons d’analyser les comportements des visiteurs de mémoriaux à partir d’un outil innovant qui permet de savoir où se trouvent les gens, où ils regardent et combien de temps ils regardent, et quels sont leurs itinéraires. On le fait sur des dizaines et dizaines de milliers de personnes, afin d’avoir une vision très précise des comportements des visiteurs de mémoriaux de façon anonyme. On va le systématiser dans un financement Equipex qu’on a obtenu mais c’est une expérimentation qui a été rendue possible grâce au PUF.
- Pour le quatrième axe, nous aurons des publications avec le défi d’une double édition, complètement en anglais et complètement en français, on a une collection chez Hermann, et Berghahn à NYC. On aura cette possibilité de présenter à la communauté scientifique assez rapidement les résultats de nos travaux.
A l’issue de ces séminaires, nous avons des colloques de fin d’année qui font le point sur les recherches, et des colloques thématiques qui se tiennent sur la 2e année de façon un peu exceptionnelle. Cela montre l’ampleur que prend notre programme, puisque Columbia a souhaité organiser un colloque sous la direction de Carole Gluck, professeur à Columbia sur le thème “impossible narratives”, ou sur les conditions de la mise en récit mémoriel et historique. Nous avons organisé un colloque, hébergé par l’ambassade de France, initié par les juristes mais toujours dans une dimension transdisciplinaire, sur le 9/11 et l’après 9/11.
Le financement PUF vous a permis d’accéder à d’autres financements ?
Je n’insisterai jamais assez sur le rôle de cascade. D’abord le fait d’être abrité par l’UMI franco-américain qui nous donnait la possibilité de construire un programme et un projet qui pouvait être recevable par le PUF de façon sérieuse, et surtout le fait qu’on ait été sélectionné immédiatement par le programme PUF sur 3 ans. Cela nous a permis de solliciter un équipement d’excellence dans le cadre du grand emprunt. C’est un effet levier typique puisque nous sommes partis du programme franco-américain PUF, dans la même logique et le même objectif de réflexion sur la mémoire individuelle et la mémoire sociale sur l’articulation sur le psychique et le social. Nous avons obtenu 2,7milllions € en investissement et 1 million d’€ sur huit ans en fonctionnement pour la construction, la constitution et le suivi d’une plateforme technologique qui permettra de mettre au point ce programme innovant d’études à la fois sur la mémoire et la mémorialisation et ensuite de la mettre à disposition de la communauté scientifique. Il est clair que le programme PUF nous a donné les moyens d’élaborer un programme, mais en plus a donné une crédibilité puisque nous avions déjà des résultats intéressants et une vraie collaboration.
